Méthode
Retrouver le destinataire d'un prélèvement inconnu
La plupart des pages sur le sujet s'arrêtent à « regardez votre relevé et appelez votre banque ». C'est insuffisant, parce qu'un prélèvement SEPA contient deux identifiants normalisés qui désignent formellement le créancier — et parce que votre banque a accès à un référentiel que vous ne pouvez pas consulter. Savoir cela change entièrement la conversation que vous aurez avec elle.
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Prélèvement ou paiement par carte ? Ce n'est pas la même chose et la méthode diffère complètement. Un prélèvement SEPA part de votre IBAN, revient à date fixe et porte les identifiants décrits ci-dessous. Un paiement par carte récurrent ne porte aucun de ces identifiants : vous n'avez que le libellé du commerçant, et il faut passer par l'analyse du libellé. Sur votre relevé, cherchez la mention « PRLV SEPA », « prélèvement européen » ou « PRLV » — c'est ce qui distingue les deux.
Les deux identifiants qui nomment le créancier
Un prélèvement SEPA n'est pas une opération anonyme. Le format impose que chaque ordre transporte deux références, et elles apparaissent dans le détail de l'opération sur votre espace bancaire — pas toujours sur la ligne du relevé, souvent en cliquant sur l'opération elle-même.
L'ICS — identifiant créancier SEPA
C'est la carte d'identité de l'entreprise qui prélève. Selon la Banque de France, le format général va de 11 à 35 caractères, et en France l'ICS compte 13 caractères alphanumériques, dont les deux premiers sont le code pays ISO — donc FR pour un créancier français. Un ICS commençant par DE, NL, GB ou MT vous apprend déjà quelque chose : le créancier n'est pas établi en France, ce qui est fréquent pour les services en ligne.
Point décisif : un créancier ne s'attribue pas son ICS lui-même. Il doit le demander à sa banque, seule compétente pour le lui délivrer. Autrement dit, derrière tout ICS il y a un établissement bancaire identifié qui a vérifié l'identité de son client. Un prélèvement portant un ICS valide n'est donc jamais totalement intraçable.
La Banque de France tient le référentiel des identifiants créanciers SEPA, tenu depuis 2017 au moyen d'une infrastructure de registre distribué, et qui recensait 743 637 identifiants au 18 février 2025. L'accès y est réservé aux prestataires de services de paiement par abonnement. Vous ne pouvez donc pas y chercher vous-même un ICS. Mais votre banque, elle, en est un. C'est exactement l'argument à lui opposer quand on vous répond « nous ne savons pas qui c'est ».
La RUM — référence unique de mandat
La RUM identifie le mandat, c'est-à-dire l'autorisation que vous êtes censé avoir donnée. Le couple ICS + RUM désigne un contrat précis entre vous et une entreprise précise. C'est ce couple qui permet à une banque de remonter jusqu'au document signé, et c'est pour cela qu'il faut le noter avant tout appel.
Une RUM est souvent parlante : elle contient fréquemment un numéro de client, une abréviation du service, parfois une date de souscription. Là où le libellé est tronqué à vingt caractères, la RUM est parfois la seule chaîne complète dont vous disposiez. Cherchez-la telle quelle dans votre boîte mail : le numéro de client qu'elle contient figure généralement dans les e-mails de confirmation.
Où les trouver, banque par banque
L'emplacement varie selon les établissements et les libellés changent, mais la logique est partout la même. Deux chemins existent, et le second est le plus souvent oublié.
- Le détail de l'opération. Sur l'application ou le site, ouvrez la ligne du débit plutôt que de vous contenter du relevé. La vue détaillée affiche généralement le nom complet du créancier, l'ICS et la RUM, là où la ligne du relevé est tronquée.
- La liste des mandats. Cherchez une rubrique intitulée « mandats de prélèvement », « autorisations de prélèvement » ou « gérer mes prélèvements ». Elle recense tous les mandats actifs sur votre compte, y compris ceux qui n'ont pas encore donné lieu à un débit. C'est l'inventaire complet de ce qui peut vous prélever.
- Le relevé PDF mensuel. Il est souvent plus bavard que l'affichage en ligne, et il fait foi. Téléchargez-le : c'est aussi la pièce que vous joindrez à une réclamation.
Prenez dix minutes pour la parcourir en entier, même si vous n'êtes venu que pour un seul débit. C'est là qu'on retrouve les abonnements souscrits il y a trois ans, les mandats laissés actifs après une résiliation, et les services dont on avait oublié jusqu'au nom. Un mandat révoqué ne peut plus rien prélever : c'est le geste le plus efficace de toute cette page.
Ce que vous pouvez exiger de votre banque
Beaucoup de démarches échouent parce que la demande est formulée trop vaguement. « J'ai un prélèvement bizarre, c'est quoi ? » appelle une réponse évasive. Une demande précise, appuyée sur les bons identifiants, appelle une réponse précise.
| Ce que vous demandez | Pourquoi c'est légitime |
|---|---|
| L'identification du créancier correspondant à l'ICS (le citer) | La banque est un prestataire de services de paiement : elle a accès au référentiel des ICS de la Banque de France, contrairement à vous. |
| La copie du mandat correspondant à la RUM (la citer) | Si un mandat existe, il a été transmis dans la chaîne bancaire. S'il n'existe pas, le prélèvement n'était pas autorisé — ce qui vous ouvre d'autres droits. |
| Le blocage du mandat, ou de tout prélèvement de ce créancier | L'opposition sur un mandat identifié est plus ciblée qu'un blocage général et n'affecte pas vos autres prélèvements. |
| Le remboursement | Selon le cas : droit inconditionnel dans les huit semaines, ou contestation d'une opération non autorisée. Voir ci-dessous. |
Deux régimes de remboursement à ne pas confondre
C'est la distinction la plus mal comprise du sujet, et elle détermine à la fois le délai dont vous disposez et ce que vous aurez à prouver.
Le prélèvement était autorisé (un mandat existe)
L'article L133-25 du code monétaire et financier ouvre un droit au remboursement lorsque l'autorisation donnée n'indiquait pas le montant exact et que le montant dépassait ce que vous pouviez raisonnablement attendre. La demande doit être présentée dans les huit semaines à compter de la date de débit, et le prestataire doit rembourser ou motiver son refus dans les dix jours ouvrables suivant la réception. Pour le prélèvement SEPA, le remboursement est de droit dans cette même fenêtre de huit semaines, sans avoir à justifier le motif.
Attention à ce que ce remboursement signifie : il vous restitue l'argent, il ne résilie pas le contrat. Sans révocation du mandat et sans résiliation en bonne et due forme, le prélèvement suivant repartira. Les deux démarches sont à mener ensemble — voir résilier un abonnement et nos modèles de lettres.
Le prélèvement n'était pas autorisé (aucun mandat)
Le régime est plus protecteur et la fenêtre bien plus longue : l'article L133-24 impose de signaler l'opération sans tarder et au plus tard treize mois après la date de débit. L'article L133-18 prévoit alors le remboursement immédiat par la banque. Et l'article L133-23 place la charge de la preuve du bon côté : c'est au prestataire de prouver que l'opération a été authentifiée et correctement enregistrée, pas à vous de prouver que vous n'avez rien signé.
Déclarer non autorisée une opération que vous aviez en réalité autorisée — un abonnement oublié, un essai gratuit converti — n'est pas une astuce sans conséquence. C'est une déclaration inexacte auprès de votre banque, et la démarche est de toute façon vouée à l'échec dès que le créancier produit le mandat. Si un mandat existe, prenez la voie des huit semaines ou la voie contractuelle.
Quand le nom trouvé n'est pas celui d'un service
Vous avez identifié le créancier, et son nom ne vous dit toujours rien : ni un commerçant, ni un abonnement que vous reconnaissez. C'est très fréquent, et ce n'est pas nécessairement une fraude. Beaucoup de plateformes n'encaissent pas elles-mêmes et confient la facturation à un prestataire spécialisé, dont c'est le nom qui apparaît.
Dans ce cas, le prestataire n'est pas votre adversaire : c'est le seul interlocuteur capable de vous dire quel service a été facturé, à partir de la date, du montant et des derniers chiffres de votre moyen de paiement. Nous avons documenté les principaux et leurs procédures d'annulation sur une page dédiée.
CCBill, Segpay, Epoch, Vendo, RocketGate : ce que chacun facture réellement, et comment obtenir l'annulation et le remboursement. Identifier le prestataire.
Questions fréquentes
Puis-je retrouver moi-même une entreprise à partir de son ICS ?
Pas directement : le référentiel de la Banque de France est réservé aux prestataires de services de paiement. En revanche votre banque y a accès, et un ICS français commence par FR suivi de onze caractères, ce qui permet au moins de savoir si le créancier est établi en France.
Peut-on identifier quelqu'un à partir d'un simple IBAN ?
Non. Un IBAN indique le pays et l'établissement teneur du compte, pas le titulaire. Aucun service public ne permet de remonter d'un IBAN à une identité, et les sites qui le promettent contre paiement vendent au mieux une recherche que vous pouvez faire gratuitement.
Mon prélèvement n'affiche ni ICS ni RUM. Est-ce anormal ?
Cela signifie le plus souvent qu'il ne s'agit pas d'un prélèvement SEPA mais d'un paiement par carte récurrent, qui ne transporte pas ces identifiants. Vérifiez le moyen de paiement associé à l'opération avant de conclure.
Faut-il faire opposition tout de suite ?
Rarement. Une opposition sur la carte bloque tous vos paiements et fait échouer vos abonnements légitimes. La révocation ciblée du mandat concerné produit le même effet sur le prélèvement problématique, sans les dégâts collatéraux.
Ma banque refuse de m'indiquer le créancier. Que faire ?
Reformulez la demande par écrit en citant l'ICS et la RUM et en demandant explicitement l'identification du créancier et la copie du mandat. En cas de refus persistant, la réclamation écrite au service consommateurs, puis la saisine du médiateur bancaire, sont les étapes suivantes.
Le remboursement met fin à l'abonnement ?
Non, et c'est l'erreur la plus courante. Le remboursement porte sur une opération passée. Sans révocation du mandat et sans résiliation, le prélèvement suivant repartira normalement.
Une fois par mois : les changements de conditions générales et de tarifs repérés sur les plateformes que nous suivons, et les procédures de résiliation qui ont évolué.
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